Programmes stratégiques de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF)

La transformation contemporaine des relations internationales s’inscrit dans un processus de recomposition profonde des équilibres géopolitiques, économiques et technologiques à l’échelle mondiale. L’émergence progressive d’un ordre international plus multipolaire, caractérisé par la montée en puissance de nouvelles puissances économiques et par la diversification des centres de décision stratégiques, redéfinit les cadres traditionnels de la coopération internationale.

Parmi les dynamiques structurantes de cette transformation figure l’intensification des relations entre la République populaire de Chine et le continent africain. Depuis le début du XXIᵉ siècle, ces relations ont connu une expansion sans précédent, tant sur le plan économique que diplomatique, technologique et institutionnel. Les échanges commerciaux sino-africains ont atteint des niveaux historiques, les investissements chinois dans les infrastructures africaines se sont multipliés et les coopérations technologiques et scientifiques se sont progressivement intensifiées.

Toutefois, la compréhension de ces transformations demeure encore largement fragmentaire. Les analyses consacrées aux relations Chine–Afrique oscillent souvent entre deux lectures opposées. D’un côté, certaines interprétations présentent la coopération sino-africaine comme un modèle alternatif susceptible d’offrir aux économies africaines de nouvelles opportunités de développement. De l’autre, certaines analyses critiques l’assimilent à une nouvelle forme de dépendance économique ou à un instrument de projection géopolitique de la puissance chinoise.

Ces lectures, bien qu’elles puissent contenir des éléments pertinents, restent souvent insuffisantes pour saisir la complexité des interactions qui structurent aujourd’hui les relations entre la Chine et les sociétés africaines. L’analyse des relations sino-africaines exige une approche systémique capable d’articuler plusieurs niveaux d’analyse : la géopolitique des relations internationales, l’économie politique du développement, les transformations technologiques globales, les dynamiques énergétiques et les interactions culturelles entre civilisations.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le programme scientifique de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF). L’Observatoire a pour vocation de structurer un espace francophone de recherche consacré à l’étude des relations sino-africaines, en mobilisant les outils conceptuels des relations internationales, de l’économie politique internationale, des études stratégiques et de la philosophie politique comparée.

La singularité de l’OCAF réside dans sa volonté de dépasser les lectures simplistes qui dominent encore trop souvent les débats sur la présence chinoise en Afrique. L’Observatoire privilégie une approche analytique fondée sur l’examen empirique des politiques publiques, l’analyse des stratégies institutionnelles et l’étude des transformations structurelles des économies africaines.

Afin de structurer cette réflexion, l’OCAF développe un programme scientifique organisé autour de sept programmes de recherche stratégiques qui constituent l’architecture intellectuelle de l’Observatoire.

1. Géopolitique des relations Chine–Afrique

Le premier programme de recherche de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) est consacré à l’analyse géopolitique des relations entre la République populaire de Chine et le continent africain. Depuis le début du XXIᵉ siècle, ces relations ont connu une expansion spectaculaire, transformant profondément les équilibres économiques et diplomatiques du continent. L’Afrique est aujourd’hui l’un des espaces les plus dynamiques de la projection internationale de la Chine, tandis que Pékin est devenu un acteur central dans les stratégies de développement de nombreux États africains.

Les relations sino-africaines reposent sur une architecture diplomatique institutionnalisée, structurée notamment autour du Forum sur la coopération Chine–Afrique (FOCAC), créé en 2000. Ce mécanisme constitue aujourd’hui l’un des cadres de coopération interrégionale les plus structurés du système international. Lors du sommet du FOCAC tenu à Beijing en 2021, la Chine a annoncé un ensemble de programmes de coopération économique et financière d’une valeur d’environ 40 milliards de dollars, destinés à soutenir les projets d’infrastructures, de développement industriel et de transformation numérique en Afrique.

Sur le plan économique, la Chine s’est imposée comme le premier partenaire commercial du continent africain depuis 2009. Selon les données les plus récentes du ministère chinois du Commerce et de l’Administration générale des douanes de Chine, le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique a atteint 282 milliards de dollars en 2023, établissant un nouveau record historique. Les exportations africaines vers la Chine ont dépassé 170 milliards de dollars, tirées principalement par les ressources énergétiques, les minerais stratégiques et certains produits agricoles.

La géographie de ces échanges révèle l’importance stratégique de plusieurs pays africains dans les relations sino-africaines. L’Angola demeure l’un des principaux partenaires énergétiques de la Chine en Afrique, tandis que la République démocratique du Congo joue un rôle central dans l’approvisionnement chinois en minerais stratégiques, notamment le cobalt, indispensable à la production de batteries pour les véhicules électriques. L’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Égypte et l’Algérie figurent également parmi les partenaires commerciaux les plus importants de la Chine sur le continent.

Au-delà du commerce, les investissements directs chinois constituent un autre pilier de la présence économique de la Chine en Afrique. Selon le China Global Investment Tracker, les investissements chinois cumulés en Afrique dépassent aujourd’hui 300 milliards de dollars, répartis dans des secteurs stratégiques tels que les infrastructures, l’énergie, les mines, les télécommunications et l’industrie manufacturière. Les entreprises chinoises ont participé à la construction de plus de 10 000 kilomètres de chemins de fer, de 100 000 kilomètres de routes et de nombreux ports et barrages hydroélectriques sur le continent africain.

La dimension géopolitique de ces investissements est indissociable de l’Initiative la Ceinture et la Route (Belt and Road Initiative), lancée par la Chine en 2013. Cette initiative vise à renforcer la connectivité économique entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique à travers la construction d’un réseau d’infrastructures maritimes et terrestres. En Afrique, plus de 50 pays ont signé des accords de coopération liés à la Belt and Road Initiative, faisant du continent l’un des principaux espaces d’expansion de ce projet géoéconomique global.

Les infrastructures portuaires occupent une place stratégique dans cette dynamique. Des ports tels que Djibouti, Mombasa, Lamu, Bagamoyo ou encore Port-Saïd constituent des points d’ancrage majeurs dans les nouvelles routes maritimes reliant l’Asie à l’Afrique et à l’Europe. Djibouti revêt une importance particulière dans cette architecture géopolitique, puisqu’il accueille depuis 2017 la première base militaire chinoise à l’étranger, située à proximité du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, par lequel transite une part importante du commerce maritime mondial.

La présence chinoise en Afrique doit également être analysée dans le contexte plus large des rivalités géopolitiques contemporaines. L’intensification des relations sino-africaines s’inscrit dans une recomposition du système international marquée par la compétition stratégique entre les grandes puissances, notamment entre la Chine et les États-Unis. L’Afrique apparaît de plus en plus comme un espace où se déploient ces rivalités, tant sur le plan économique que diplomatique et technologique.

Les États africains occupent par ailleurs une position importante dans les institutions internationales. Avec 54 États membres, l’Afrique constitue le plus grand bloc régional au sein de l’Assemblée générale des Nations unies. Le soutien diplomatique des pays africains joue donc un rôle significatif dans les équilibres politiques internationaux. La Chine a développé une diplomatie active à l’égard du continent africain, fondée sur les principes de coopération Sud–Sud, de non-ingérence et de partenariat mutuellement bénéfique.

La dimension sécuritaire constitue également un aspect croissant des relations sino-africaines. La Chine participe aujourd’hui à plusieurs opérations de maintien de la paix des Nations unies en Afrique et figure parmi les principaux contributeurs de troupes aux missions onusiennes sur le continent. Elle a notamment déployé des contingents militaires dans des missions au Mali, au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo.

L’analyse géopolitique de ces dynamiques constitue l’un des axes centraux du programme de recherche de l’OCAF. Les travaux menés dans ce cadre visent à comprendre les logiques stratégiques qui structurent la présence chinoise en Afrique, les interactions entre cette présence et les politiques des autres puissances internationales, ainsi que les implications de ces transformations pour les trajectoires de développement du continent.

Dans un contexte marqué par l’émergence progressive d’un ordre international multipolaire, la compréhension des relations sino-africaines devient un enjeu stratégique majeur pour les sociétés africaines. Le programme de recherche consacré à la géopolitique des relations Chine–Afrique vise ainsi à fournir une analyse rigoureuse des transformations en cours afin d’éclairer les choix politiques, économiques et diplomatiques qui détermineront l’avenir des relations entre l’Afrique et la Chine au cours des prochaines décennies.

2. Infrastructures stratégiques et Belt and Road Initiative

Le deuxième programme de recherche de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) est consacré à l’étude des infrastructures stratégiques et de l’Initiative la Ceinture et la Route (Belt and Road Initiative – BRI), l’un des projets géoéconomiques les plus ambitieux du XXIᵉ siècle. Lancée en 2013 par le président chinois Xi Jinping, cette initiative vise à renforcer les connectivités économiques entre l’Asie, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique à travers la construction d’un vaste réseau d’infrastructures terrestres, maritimes et numériques.

Dans le contexte africain, la BRI répond à une réalité structurelle bien identifiée : le déficit massif en infrastructures qui constitue l’un des principaux obstacles au développement économique du continent. Selon les estimations de la Banque africaine de développement, l’Afrique doit investir entre 130 et 170 milliards de dollars par an dans les infrastructures pour soutenir sa croissance économique et combler son retard structurel. Or, les financements disponibles restent largement insuffisants, avec un déficit annuel estimé entre 68 et 108 milliards de dollars.

C’est dans cet espace que la Chine s’est progressivement imposée comme un acteur central du financement et de la construction des infrastructures africaines. Depuis le début des années 2000, les entreprises chinoises ont participé à la réalisation d’un nombre considérable de projets dans les secteurs des transports, de l’énergie, des télécommunications et de l’urbanisation.

Selon les données publiées par le China Africa Research Initiative (SAIS-CARI) de l’Université Johns Hopkins, les prêts accordés par les institutions financières chinoises aux gouvernements africains ont atteint environ 170 milliards de dollars entre 2000 et 2022. Ces financements ont permis de soutenir des centaines de projets d’infrastructures à travers le continent.

L’impact de cette coopération est particulièrement visible dans le domaine des infrastructures de transport, qui constituent l’un des piliers du programme BRI en Afrique. Les entreprises chinoises ont contribué à la construction ou à la modernisation de plus de 10 000 kilomètres de chemins de fer et de 100 000 kilomètres de routes sur le continent. Ces infrastructures jouent un rôle essentiel dans l’intégration économique régionale et dans la réduction des coûts logistiques qui freinent encore le développement des échanges intra-africains.

Parmi les projets emblématiques figure le chemin de fer Addis-Abeba–Djibouti, long de 756 kilomètres, qui relie l’Éthiopie enclavée au port stratégique de Djibouti. Ce projet, financé à hauteur d’environ 4 milliards de dollars, constitue aujourd’hui l’un des corridors logistiques les plus importants de la Corne de l’Afrique.

Au Kenya, la construction du Standard Gauge Railway (SGR) reliant Mombasa à Nairobi représente également l’un des projets ferroviaires les plus importants du continent. Inaugurée en 2017, cette ligne de 472 kilomètres, financée en grande partie par l’Exim Bank of China pour un montant d’environ 3,6 milliards de dollars, a considérablement réduit le temps de transport entre le principal port du pays et sa capitale.

Les infrastructures portuaires constituent un autre axe stratégique de la Belt and Road Initiative en Afrique. En raison de sa position géographique, le continent occupe une place centrale dans les routes maritimes reliant l’Asie à l’Europe. Les investissements chinois ont ainsi contribué au développement ou à la modernisation de plusieurs ports stratégiques, notamment à Djibouti, Mombasa, Dar es Salaam, Lagos, Kribi et Port-Saïd.

Le port en eau profonde de Kribi au Cameroun, par exemple, constitue l’un des projets portuaires majeurs de la coopération sino-africaine en Afrique centrale. Financé en partie par un prêt chinois d’environ 600 millions de dollars, ce port vise à renforcer les capacités logistiques de la région et à soutenir l’exportation de ressources naturelles telles que le fer et le bois.

Au-delà des transports, les investissements chinois ont également joué un rôle déterminant dans le développement des infrastructures énergétiques africaines. L’accès à l’électricité demeure un défi majeur pour le continent : selon la Banque mondiale, environ 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité.

Les entreprises chinoises ont contribué à la construction de nombreux barrages hydroélectriques, centrales thermiques et infrastructures de transmission. Parmi les projets les plus emblématiques figurent le barrage de Souapiti en Guinée, le barrage de Zungeru au Nigeria ou encore le barrage de Karuma en Ouganda, qui représentent chacun des investissements de plusieurs milliards de dollars.

La Belt and Road Initiative ne se limite cependant pas aux infrastructures physiques. Elle inclut également une dimension numérique connue sous le nom de “Digital Silk Road”, qui vise à développer les infrastructures numériques et les technologies de communication. Dans ce domaine, plusieurs entreprises chinoises, notamment Huawei et ZTE, ont participé au développement des réseaux de télécommunications en Afrique.

Aujourd’hui, plus de 70 % des réseaux 4G africains seraient construits ou équipés par des entreprises chinoises. Ces infrastructures numériques jouent un rôle central dans l’essor des économies numériques africaines et dans la transformation des services financiers, notamment à travers le développement du mobile banking et des plateformes numériques.

Toutefois, l’expansion des infrastructures financées par la Chine suscite également des débats au sein de la communauté internationale. Certains analystes soulignent les risques potentiels liés à l’endettement des pays africains. Selon le FMI et la Banque mondiale, la Chine représente environ 12 % de la dette extérieure totale de l’Afrique, ce qui en fait l’un des principaux créanciers bilatéraux du continent.

Néanmoins, d’autres analyses mettent en avant le rôle déterminant de ces infrastructures dans la transformation des économies africaines. Les investissements dans les transports et l’énergie contribuent à réduire les coûts logistiques, à améliorer la connectivité régionale et à soutenir l’industrialisation.

Dans cette perspective, le programme de recherche de l’OCAF consacré aux infrastructures stratégiques vise à analyser de manière rigoureuse les implications économiques, politiques et géopolitiques de la Belt and Road Initiative en Afrique. Les recherches menées dans ce cadre examinent notamment les mécanismes de financement des infrastructures, les modèles de partenariat entre États africains et entreprises chinoises, ainsi que les effets de ces projets sur les trajectoires de développement du continent.

Dans un monde caractérisé par l’intensification des interdépendances économiques et par la transformation rapide des technologies, les infrastructures constituent désormais l’un des principaux instruments de la puissance géoéconomique. L’étude des infrastructures stratégiques et de la Belt and Road Initiative permet ainsi de mieux comprendre les transformations en cours dans les relations entre la Chine et l’Afrique et leurs implications pour l’avenir du système international.

3. Économie politique du développement et industrialisation

Le troisième programme de recherche de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) est consacré à l’étude de l’économie politique du développement et des trajectoires d’industrialisation en Afrique, à la lumière des transformations contemporaines des relations économiques sino-africaines. Cette orientation scientifique part d’un constat central largement documenté par la littérature en économie politique du développement : la transformation structurelle de l’économie constitue la condition fondamentale de la sortie durable du sous-développement. Autrement dit, aucune nation ne s’est développée sans industrialisation, sans montée en gamme productive et sans construction d’un État capable d’orienter stratégiquement son économie.

Dans ce contexte, l’expérience historique de l’Asie de l’Est — Chine, Corée du Sud, Taïwan ou Singapour — constitue un point de référence majeur pour les chercheurs. Ces pays ont connu, entre les années 1960 et 2010, une transformation économique spectaculaire reposant sur une combinaison de politiques industrielles actives, d’investissements massifs dans l’éducation, de stratégies d’exportation et d’un État développementaliste capable de coordonner les acteurs économiques. La Chine, en particulier, représente aujourd’hui l’un des exemples les plus marquants de transformation structurelle accélérée.

En l’espace de quatre décennies, la Chine est passée d’une économie essentiellement agricole à la deuxième puissance économique mondiale, avec un produit intérieur brut dépassant 17 000 milliards de dollars en 2023. Son secteur manufacturier représente aujourd’hui environ 30 % de la production industrielle mondiale, faisant du pays la principale plateforme industrielle de la planète. Cette transformation s’est accompagnée d’une réduction massive de la pauvreté : selon la Banque mondiale, plus de 800 millions de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté en Chine depuis les réformes économiques engagées à la fin des années 1970.

L’intérêt croissant pour la coopération économique entre la Chine et l’Afrique s’inscrit précisément dans ce contexte historique. Le continent africain, qui compte aujourd’hui plus de 1,4 milliard d’habitants, devrait atteindre près de 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050 selon les projections des Nations unies. Cette croissance démographique rapide représente à la fois un défi et une opportunité : défi en matière d’emploi, d’éducation et d’urbanisation, mais aussi opportunité pour la construction d’un vaste marché intérieur capable de soutenir l’industrialisation.

Cependant, la structure actuelle des économies africaines demeure fortement marquée par la dépendance aux exportations de matières premières. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), plus de 70 % des exportations africaines restent constituées de produits primaires, notamment le pétrole, les minerais et les produits agricoles non transformés. Cette spécialisation limite la capacité des économies africaines à créer des emplois industriels et à générer de la valeur ajoutée locale.

Dans ce contexte, les relations économiques avec la Chine ont connu une expansion remarquable au cours des deux dernières décennies. Le commerce entre la Chine et l’Afrique est passé d’environ 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 282 milliards de dollars en 2023, faisant de la Chine le premier partenaire commercial du continent depuis plus de quinze ans. Cette croissance s’est accompagnée d’une augmentation significative des investissements chinois dans les secteurs industriels africains.

Selon les données du ministère chinois du Commerce, le stock d’investissements directs chinois en Afrique dépasse aujourd’hui 50 milliards de dollars, répartis dans plusieurs centaines d’entreprises opérant dans les secteurs de la manufacture, de la construction, de l’énergie et des télécommunications. Ces investissements ont contribué à la création de zones économiques spéciales et de parcs industriels dans plusieurs pays africains.

L’Éthiopie constitue un exemple souvent cité dans la littérature économique. Depuis le début des années 2010, le pays a mis en place une stratégie industrielle ambitieuse centrée sur la création de parcs industriels spécialisés dans le textile et l’habillement. Le parc industriel de Hawassa, construit avec la participation d’entreprises chinoises, emploie aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et produit principalement pour l’exportation vers les marchés européens et américains.

De même, en Égypte, la zone de coopération économique et commerciale Chine–Égypte de Suez représente l’un des projets industriels les plus importants du continent. Cette zone accueille aujourd’hui plus de 140 entreprises et a généré des investissements dépassant 2 milliards de dollars, tout en créant des milliers d’emplois industriels.

Au Nigeria, les entreprises chinoises participent également à la construction de zones industrielles destinées à soutenir la transformation locale des matières premières et la production manufacturière. Des projets similaires existent en Zambie, en Tanzanie ou encore au Kenya, où plusieurs parcs industriels ont été développés avec la participation d’investisseurs chinois.

Toutefois, l’industrialisation de l’Afrique ne peut être envisagée uniquement à travers les investissements étrangers. La littérature en économie politique du développement souligne que la réussite des processus d’industrialisation dépend également de la capacité des États à concevoir et à mettre en œuvre des politiques industrielles cohérentes, capables d’orienter les investissements, de soutenir l’innovation et de protéger temporairement certains secteurs stratégiques.

Dans cette perspective, le programme de recherche de l’OCAF sur l’économie politique du développement vise à analyser les conditions institutionnelles et politiques nécessaires à l’émergence d’un État développementaliste africain. Les recherches menées dans ce cadre examinent notamment les stratégies industrielles adoptées par différents pays africains, les mécanismes de transfert technologique dans les partenariats avec la Chine, ainsi que les dynamiques de formation des chaînes de valeur régionales.

L’un des enjeux majeurs de cette réflexion concerne la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021. Cette initiative vise à créer un marché commun regroupant 54 pays africains et représentant un produit intérieur brut combiné d’environ 3 400 milliards de dollars. Selon la Banque mondiale, la mise en œuvre effective de la ZLECAf pourrait augmenter les revenus du continent de 450 milliards de dollars d’ici 2035.

Dans cette configuration, la coopération économique avec la Chine peut jouer un rôle important dans le développement des capacités industrielles africaines, à condition que les États africains soient capables de négocier des partenariats équilibrés favorisant la formation, le transfert de technologies et la montée en gamme productive.

L’objectif central de ce programme de recherche de l’OCAF est précisément de contribuer à cette réflexion stratégique. En mobilisant les outils de l’économie politique internationale, de la géopolitique économique et des études comparatives sur les politiques industrielles, les travaux de l’Observatoire visent à éclairer les trajectoires possibles d’industrialisation du continent africain dans un monde marqué par la recomposition des équilibres économiques globaux.

4. Intelligence artificielle et transformations technologiques

Le quatrième programme de recherche de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) est consacré à l’étude de l’intelligence artificielle (IA) et des transformations technologiques contemporaines, dans une perspective d’économie politique internationale et de développement stratégique. Cette orientation scientifique repose sur l’idée que la révolution numérique actuelle — dominée par l’intelligence artificielle, les big data, l’Internet des objets et l’automatisation — constitue l’une des mutations les plus profondes de l’économie mondiale depuis la révolution industrielle.

Selon les estimations du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), l’intelligence artificielle pourrait contribuer à hauteur de 15 700 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2030, soit une augmentation potentielle de près de 14 % du PIB mondial. Dans ce scénario, la Chine et les États-Unis devraient capter la plus grande part de cette croissance, avec respectivement 7 000 milliards de dollars et 3 700 milliards de dollars de gains économiques liés à l’IA.

La Chine s’est imposée au cours de la dernière décennie comme l’un des acteurs majeurs de cette transformation technologique. En 2017, le gouvernement chinois a lancé le New Generation Artificial Intelligence Development Plan, une stratégie nationale visant à faire du pays le leader mondial de l’intelligence artificielle d’ici 2030. Cette stratégie repose sur plusieurs piliers : le développement des infrastructures numériques, l’investissement massif dans la recherche et le soutien à un écosystème d’entreprises technologiques innovantes.

Les investissements chinois dans l’intelligence artificielle ont connu une croissance spectaculaire. Selon le rapport Stanford AI Index, la Chine représente aujourd’hui près de 40 % des publications scientifiques mondiales en intelligence artificielle, et elle figure parmi les premiers pays en matière de brevets liés à l’IA. Le pays abrite également certaines des plus grandes entreprises technologiques du monde, telles que Baidu, Alibaba, Tencent et Huawei, qui jouent un rôle central dans le développement des technologies de données, de cloud computing et d’apprentissage automatique.

Cette dynamique technologique a également des implications importantes pour l’Afrique. Le continent africain connaît depuis plusieurs années une expansion rapide de son écosystème numérique. Le nombre d’utilisateurs d’Internet en Afrique est passé d’environ 140 millions en 2012 à plus de 570 millions en 2023, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Parallèlement, la diffusion des smartphones et des technologies mobiles a profondément transformé les modes d’accès aux services financiers, éducatifs et administratifs.

Le secteur de la fintech africaine illustre particulièrement cette transformation. Selon le rapport de la Banque mondiale et de Partech Africa, les start-ups fintech du continent ont attiré plus de 6 milliards de dollars d’investissements entre 2021 et 2023. Des plateformes telles que M-Pesa au Kenya ou Flutterwave au Nigeria ont démontré la capacité des technologies numériques à contourner certaines infrastructures financières traditionnelles et à favoriser l’inclusion financière.

Dans ce contexte, la coopération technologique entre la Chine et l’Afrique prend une importance croissante. Les entreprises chinoises jouent un rôle déterminant dans le développement des infrastructures numériques africaines. Selon plusieurs études sectorielles, plus de 70 % des réseaux 4G du continent africain ont été construits ou équipés par des entreprises chinoises, notamment Huawei et ZTE. Ces infrastructures constituent la base matérielle indispensable au développement de l’intelligence artificielle et des économies numériques.

La Chine a également participé à la construction de plus de 200 centres de données et infrastructures de télécommunications en Afrique au cours des deux dernières décennies. Ces infrastructures soutiennent l’expansion du cloud computing, de l’analyse de données et des plateformes numériques.

Cependant, le développement de l’intelligence artificielle en Afrique ne dépend pas uniquement des infrastructures technologiques. Il repose également sur la formation de capital humain qualifié, la création d’écosystèmes de recherche et l’élaboration de cadres réglementaires adaptés. Selon l’UNESCO, l’Afrique ne représente encore qu’environ 1 % des chercheurs mondiaux en intelligence artificielle, ce qui souligne l’ampleur du défi en matière de formation scientifique et technologique.

Plusieurs initiatives africaines cherchent néanmoins à combler ce déficit. Des centres de recherche en intelligence artificielle ont été créés dans plusieurs pays, notamment le Deep Learning Indaba, le African Institute for Mathematical Sciences (AIMS) et plusieurs laboratoires universitaires spécialisés dans l’apprentissage automatique et l’analyse de données.

Dans cette perspective, la coopération académique et scientifique entre la Chine et l’Afrique représente un levier stratégique important. La Chine accueille aujourd’hui plus de 80 000 étudiants africains dans ses universités, dont un nombre croissant dans les domaines des sciences, de l’ingénierie et des technologies de l’information. Ces programmes de formation contribuent à la constitution d’une nouvelle génération de chercheurs et d’ingénieurs africains capables de participer activement à la révolution numérique mondiale.

Les applications potentielles de l’intelligence artificielle pour le développement africain sont multiples. Dans le secteur agricole, l’IA peut être utilisée pour améliorer les prévisions climatiques, optimiser les rendements agricoles et lutter contre les maladies des cultures. Dans le domaine de la santé, les technologies d’analyse de données peuvent contribuer à améliorer le diagnostic médical et la gestion des systèmes de santé.

Dans le secteur énergétique, l’intelligence artificielle peut également jouer un rôle essentiel dans la gestion des réseaux électriques et dans l’intégration des énergies renouvelables. Les systèmes d’IA permettent par exemple d’optimiser la distribution d’électricité dans les réseaux intelligents et de prévoir la production d’énergie solaire ou éolienne.

Toutefois, la diffusion de ces technologies soulève également des questions importantes en matière de gouvernance et de souveraineté numérique. Le contrôle des données, la protection de la vie privée et la régulation des algorithmes constituent désormais des enjeux majeurs de la politique internationale. Dans ce contexte, plusieurs pays africains cherchent à élaborer des stratégies nationales d’intelligence artificielle afin de définir leurs propres cadres réglementaires et leurs priorités technologiques.

Le programme de recherche de l’OCAF consacré à l’intelligence artificielle vise précisément à analyser ces transformations à travers une approche interdisciplinaire mobilisant les outils de l’économie politique internationale, des études sur l’innovation et de la géopolitique des technologies. Les travaux menés dans ce cadre examinent notamment les dynamiques de coopération technologique entre la Chine et l’Afrique, les stratégies nationales d’intelligence artificielle, ainsi que les implications économiques et politiques de la révolution numérique pour les trajectoires de développement du continent.

Dans un monde de plus en plus structuré par la compétition technologique, la maîtrise des technologies numériques et de l’intelligence artificielle apparaît désormais comme l’un des principaux déterminants de la puissance économique et politique des États. Pour l’Afrique, l’enjeu consiste non seulement à adopter ces technologies, mais aussi à participer activement à leur production et à leur gouvernance afin de garantir une transformation numérique inclusive et souveraine.

5. Relations militaires Chine–Afrique et sécurité stratégique

Le cinquième programme de recherche de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) est consacré à l’analyse des relations militaires entre la Chine et les États africains, ainsi qu’aux transformations des architectures de sécurité sur le continent. Dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres de puissance, la dimension sécuritaire des relations sino-africaines occupe une place croissante dans les études stratégiques et géopolitiques.

Depuis le début du XXIᵉ siècle, la Chine a progressivement renforcé sa présence dans les dispositifs de sécurité internationale en Afrique. Cette évolution s’inscrit dans la transformation globale de la politique étrangère chinoise, caractérisée par un engagement plus actif dans les opérations de maintien de la paix, la coopération militaire bilatérale et la sécurité maritime internationale.

Selon les données des Nations unies, la Chine est aujourd’hui le deuxième contributeur financier au budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU, avec environ 15 % du financement total. Elle est également l’un des principaux contributeurs de troupes parmi les membres permanents du Conseil de sécurité. En 2024, la Chine déployait environ 2 000 soldats et policiers dans plusieurs missions de maintien de la paix, notamment au Soudan du Sud, au Mali, en République démocratique du Congo et en République centrafricaine.

Cette participation active aux missions de maintien de la paix reflète l’évolution de la doctrine stratégique chinoise. Traditionnellement attachée au principe de non-ingérence dans les affaires internes des États, la Chine a progressivement adopté une approche plus pragmatique visant à contribuer à la stabilisation des régions où elle possède des intérêts économiques et stratégiques importants.

La création de la première base militaire chinoise à l’étranger à Djibouti en 2017 constitue l’un des développements les plus significatifs de cette évolution. Située à proximité du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, cette base se trouve à l’intersection de l’une des routes maritimes les plus importantes du commerce mondial, reliant l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez. On estime que près de 12 % du commerce maritime mondial transite par cette zone.

La base navale de Djibouti joue plusieurs rôles stratégiques : elle sert de centre logistique pour les opérations de maintien de la paix, de base de soutien aux missions anti-piraterie dans le golfe d’Aden et de point d’appui pour les opérations humanitaires et d’évacuation de ressortissants chinois en cas de crise régionale. Depuis 2008, la marine chinoise participe régulièrement aux opérations internationales de lutte contre la piraterie au large de la Somalie.

Au-delà de ces engagements multilatéraux, la Chine développe également une coopération militaire bilatérale avec plusieurs pays africains. Cette coopération prend différentes formes : formation d’officiers africains dans les académies militaires chinoises, fourniture d’équipements militaires, organisation d’exercices conjoints et assistance technique dans le domaine de la sécurité.

Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), la Chine représente aujourd’hui environ 5 % des exportations mondiales d’armes, et l’Afrique constitue l’un de ses marchés en expansion. Entre 2018 et 2022, environ 20 % des exportations d’armes chinoises étaient destinées à des pays africains. Parmi les principaux importateurs figurent l’Algérie, le Nigeria, l’Éthiopie et la Tanzanie.

Les équipements fournis incluent notamment des véhicules blindés, des drones de surveillance, des systèmes de défense aérienne et des navires de patrouille maritime. L’utilisation croissante de drones militaires chinois par certains pays africains illustre l’évolution technologique des relations de défense. Par exemple, plusieurs États africains ont acquis des drones Wing Loong et CH-4, capables de mener des missions de reconnaissance et d’appui militaire.

La coopération sino-africaine dans le domaine de la sécurité ne se limite toutefois pas aux équipements militaires. Elle s’étend également aux questions de sécurité intérieure, de cybersécurité et de lutte contre le terrorisme. Plusieurs pays africains font face à des menaces sécuritaires croissantes liées aux groupes armés non étatiques, notamment dans la région du Sahel, dans la Corne de l’Afrique et dans certaines zones d’Afrique centrale.

Dans ce contexte, la Chine a intensifié ses programmes de formation et d’assistance technique dans les domaines de la gestion des crises, de la surveillance maritime et de la sécurité des infrastructures stratégiques. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre plus large de la coopération sécuritaire prévue par le Forum sur la coopération Chine–Afrique (FOCAC).

Lors du sommet du FOCAC de 2018, la Chine a annoncé la mise en place d’un fonds de 100 millions de dollars destiné à soutenir la Force africaine en attente, un mécanisme de sécurité collective développé par l’Union africaine pour renforcer les capacités de réponse aux crises sur le continent.

Parallèlement, la Chine participe activement au développement des capacités de sécurité maritime africaines. Les routes maritimes africaines jouent un rôle crucial dans le commerce mondial, notamment dans le transport des hydrocarbures, des minerais stratégiques et des produits manufacturés. La sécurisation de ces routes constitue donc un enjeu stratégique majeur pour la Chine comme pour les pays africains.

La dimension sécuritaire des relations sino-africaines doit également être analysée dans le contexte des rivalités géopolitiques contemporaines. L’Afrique est aujourd’hui un espace où se croisent les intérêts stratégiques de plusieurs puissances internationales, notamment les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Union européenne et certaines puissances régionales.

Dans ce contexte, l’expansion de la coopération militaire chinoise suscite des débats au sein de la communauté internationale. Certains analystes considèrent que la Chine cherche à renforcer son influence stratégique sur le continent africain, tandis que d’autres soulignent que cette coopération répond avant tout aux besoins de sécurité des États africains.

Le programme de recherche de l’OCAF consacré aux relations militaires Chine–Afrique vise précisément à analyser ces dynamiques à travers une approche multidisciplinaire mobilisant les outils des études stratégiques, de la géopolitique et des relations internationales. Les recherches menées dans ce cadre examinent notamment l’évolution de la doctrine sécuritaire chinoise, les transformations des architectures de sécurité africaines et les implications de ces coopérations pour la stabilité régionale.

Dans un système international marqué par l’intensification des rivalités géopolitiques et par la multiplication des menaces transnationales, la question de la sécurité apparaît désormais comme un élément central des relations entre la Chine et l’Afrique. L’analyse de ces transformations constitue ainsi un champ de recherche essentiel pour comprendre l’évolution de l’ordre international au XXIᵉ siècle.

6. Énergies renouvelables et transition énergétique

La transition énergétique constitue aujourd’hui l’un des axes les plus structurants de la transformation économique mondiale. Dans ce contexte, les relations entre la Chine et l’Afrique prennent une importance particulière, notamment dans le domaine du développement des énergies renouvelables, des infrastructures électriques et des technologies énergétiques durables. L’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) consacre ainsi un programme de recherche spécifique à l’étude de ces dynamiques énergétiques, qui se situent au croisement de la géopolitique, de l’économie du développement et de l’innovation technologique.

L’Afrique possède un potentiel énergétique renouvelable considérable, encore largement sous-exploité. Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), le continent africain dispose de près de 60 % du potentiel solaire mondial, mais ne représente actuellement qu’environ 1 % de la capacité solaire installée à l’échelle mondiale. Cette asymétrie illustre l’ampleur des défis d’investissement et d’infrastructures auxquels les pays africains sont confrontés dans le secteur énergétique.

Parallèlement, environ 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, ce qui constitue l’un des principaux obstacles au développement industriel du continent. Dans les zones rurales, le taux d’accès à l’électricité est parfois inférieur à 30 %, limitant considérablement les possibilités de transformation économique et sociale.

Dans ce contexte, la coopération sino-africaine dans le domaine de l’énergie revêt une importance stratégique. La Chine est aujourd’hui l’un des principaux partenaires de l’Afrique dans le financement et la construction d’infrastructures énergétiques. Selon les données de la China Global Energy Finance Database de l’Université de Boston, les institutions financières chinoises ont accordé plus de 50 milliards de dollars de financements énergétiques à l’Afrique entre 2000 et 2022.

Historiquement, ces investissements ont principalement concerné les infrastructures énergétiques conventionnelles, notamment les barrages hydroélectriques et les centrales thermiques. Toutefois, depuis la fin des années 2010, la Chine a progressivement réorienté sa stratégie énergétique vers les énergies renouvelables, en cohérence avec ses propres objectifs de transition énergétique et de neutralité carbone à l’horizon 2060.

Cette évolution se reflète dans la multiplication de projets d’énergie solaire, éolienne et hydroélectrique sur le continent africain. Parmi les exemples les plus emblématiques figure le complexe solaire de Benban en Égypte, l’un des plus grands parcs solaires du monde, auquel plusieurs entreprises chinoises ont contribué. Avec une capacité installée de près de 1,6 gigawatt, ce projet fournit de l’électricité à plusieurs centaines de milliers de foyers.

Au Maroc, la Chine a également participé au développement de projets énergétiques dans le cadre de la stratégie nationale marocaine de transition énergétique. Le royaume s’est fixé l’objectif de porter la part des énergies renouvelables à 52 % de sa capacité électrique installée d’ici 2030.

En Afrique subsaharienne, plusieurs projets illustrent également la montée en puissance des énergies renouvelables dans la coopération sino-africaine. En Zambie, par exemple, une centrale solaire de 100 mégawatts a été construite avec le soutien d’entreprises chinoises. Au Kenya, la Chine a contribué au développement d’infrastructures énergétiques permettant de renforcer l’intégration des réseaux électriques nationaux.

L’hydroélectricité demeure néanmoins un pilier central de la coopération énergétique sino-africaine. Le continent africain possède environ 12 % du potentiel hydroélectrique mondial, mais moins de 20 % de ce potentiel est actuellement exploité. La Chine a participé à la construction de plusieurs barrages majeurs en Afrique, notamment le barrage de Karuma en Ouganda, d’une capacité de 600 mégawatts, et le barrage de Souapiti en Guinée, capable de produire environ 450 mégawatts.

Ces infrastructures jouent un rôle essentiel dans la stabilisation des réseaux électriques nationaux et dans l’alimentation énergétique des projets industriels et miniers. Toutefois, elles soulèvent également des questions environnementales et sociales, notamment en ce qui concerne la gestion des écosystèmes fluviaux et le déplacement des populations locales.

La coopération énergétique sino-africaine s’étend également au développement des réseaux électriques et des infrastructures de transport de l’électricité. Dans de nombreux pays africains, les pertes techniques dans les réseaux de distribution peuvent atteindre 20 à 30 % de l’électricité produite, en raison de la vétusté des infrastructures et de l’insuffisance des investissements.

La Chine contribue à moderniser ces réseaux à travers la construction de lignes à haute tension, de postes de transformation et de systèmes de gestion intelligente de l’électricité. Ces investissements sont essentiels pour accompagner l’industrialisation du continent et pour intégrer les énergies renouvelables dans les systèmes énergétiques nationaux.

Un autre domaine émergent de coopération concerne les technologies de stockage de l’énergie, notamment les batteries lithium-ion et les systèmes de stockage à grande échelle. La Chine domine aujourd’hui la production mondiale de batteries, représentant environ 75 % de la capacité mondiale de fabrication de batteries lithium-ion. Ces technologies sont cruciales pour assurer la stabilité des réseaux électriques alimentés par des sources d’énergie intermittentes telles que le solaire et l’éolien.

La transition énergétique africaine est également liée aux enjeux de mobilité durable. Plusieurs pays africains explorent actuellement le développement de véhicules électriques, de transports publics électrifiés et d’infrastructures de recharge, souvent en partenariat avec des entreprises chinoises.

Au-delà des infrastructures énergétiques elles-mêmes, la coopération sino-africaine dans le domaine de l’énergie inclut également des programmes de formation et de transfert de technologies. Des ingénieurs africains sont régulièrement formés dans des universités et des instituts techniques chinois, contribuant à renforcer les capacités locales dans les domaines de l’ingénierie énergétique et de la gestion des réseaux électriques.

Dans ce contexte, les recherches menées par l’OCAF visent à analyser les implications géopolitiques, économiques et technologiques de ces transformations énergétiques. Les travaux de l’Observatoire s’intéressent notamment aux questions suivantes :

  • Comment la transition énergétique redéfinit-elle les relations économiques entre la Chine et l’Afrique ?
  • Quels sont les impacts des investissements énergétiques chinois sur l’industrialisation du continent africain ?
  • Comment les pays africains peuvent-ils maximiser les retombées technologiques de ces partenariats ?
  • Quel rôle les énergies renouvelables peuvent-elles jouer dans la construction d’une souveraineté énergétique africaine ?

Ces questions sont au cœur des débats contemporains sur le développement durable et sur la transformation des systèmes énergétiques mondiaux. Dans un contexte marqué par l’urgence climatique et par la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique possède l’opportunité de construire un modèle énergétique fondé sur les technologies propres et sur les énergies renouvelables.

La coopération sino-africaine dans le domaine de l’énergie pourrait ainsi jouer un rôle déterminant dans l’émergence d’un nouveau paradigme de développement énergétique, combinant croissance économique, innovation technologique et durabilité environnementale.

Pour l’OCAF, l’analyse de ces transformations constitue un champ de recherche stratégique permettant de mieux comprendre les dynamiques énergétiques du XXIᵉ siècle et leurs implications pour l’avenir des relations entre la Chine et l’Afrique francophone.

6. Énergies renouvelables et transition énergétique

(Programme de recherche de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone – OCAF)

La transition énergétique constitue aujourd’hui l’un des axes les plus structurants de la transformation économique mondiale. Dans ce contexte, les relations entre la Chine et l’Afrique prennent une importance particulière, notamment dans le domaine du développement des énergies renouvelables, des infrastructures électriques et des technologies énergétiques durables. L’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) consacre ainsi un programme de recherche spécifique à l’étude de ces dynamiques énergétiques, qui se situent au croisement de la géopolitique, de l’économie du développement et de l’innovation technologique.

L’Afrique possède un potentiel énergétique renouvelable considérable, encore largement sous-exploité. Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), le continent africain dispose de près de 60 % du potentiel solaire mondial, mais ne représente actuellement qu’environ 1 % de la capacité solaire installée à l’échelle mondiale. Cette asymétrie illustre l’ampleur des défis d’investissement et d’infrastructures auxquels les pays africains sont confrontés dans le secteur énergétique.

Parallèlement, environ 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, ce qui constitue l’un des principaux obstacles au développement industriel du continent. Dans les zones rurales, le taux d’accès à l’électricité est parfois inférieur à 30 %, limitant considérablement les possibilités de transformation économique et sociale.

Dans ce contexte, la coopération sino-africaine dans le domaine de l’énergie revêt une importance stratégique. La Chine est aujourd’hui l’un des principaux partenaires de l’Afrique dans le financement et la construction d’infrastructures énergétiques. Selon les données de la China Global Energy Finance Database de l’Université de Boston, les institutions financières chinoises ont accordé plus de 50 milliards de dollars de financements énergétiques à l’Afrique entre 2000 et 2022.

Historiquement, ces investissements ont principalement concerné les infrastructures énergétiques conventionnelles, notamment les barrages hydroélectriques et les centrales thermiques. Toutefois, depuis la fin des années 2010, la Chine a progressivement réorienté sa stratégie énergétique vers les énergies renouvelables, en cohérence avec ses propres objectifs de transition énergétique et de neutralité carbone à l’horizon 2060.

Cette évolution se reflète dans la multiplication de projets d’énergie solaire, éolienne et hydroélectrique sur le continent africain. Parmi les exemples les plus emblématiques figure le complexe solaire de Benban en Égypte, l’un des plus grands parcs solaires du monde, auquel plusieurs entreprises chinoises ont contribué. Avec une capacité installée de près de 1,6 gigawatt, ce projet fournit de l’électricité à plusieurs centaines de milliers de foyers.

Au Maroc, la Chine a également participé au développement de projets énergétiques dans le cadre de la stratégie nationale marocaine de transition énergétique. Le royaume s’est fixé l’objectif de porter la part des énergies renouvelables à 52 % de sa capacité électrique installée d’ici 2030.

En Afrique subsaharienne, plusieurs projets illustrent également la montée en puissance des énergies renouvelables dans la coopération sino-africaine. En Zambie, par exemple, une centrale solaire de 100 mégawatts a été construite avec le soutien d’entreprises chinoises. Au Kenya, la Chine a contribué au développement d’infrastructures énergétiques permettant de renforcer l’intégration des réseaux électriques nationaux.

L’hydroélectricité demeure néanmoins un pilier central de la coopération énergétique sino-africaine. Le continent africain possède environ 12 % du potentiel hydroélectrique mondial, mais moins de 20 % de ce potentiel est actuellement exploité. La Chine a participé à la construction de plusieurs barrages majeurs en Afrique, notamment le barrage de Karuma en Ouganda, d’une capacité de 600 mégawatts, et le barrage de Souapiti en Guinée, capable de produire environ 450 mégawatts.

Ces infrastructures jouent un rôle essentiel dans la stabilisation des réseaux électriques nationaux et dans l’alimentation énergétique des projets industriels et miniers. Toutefois, elles soulèvent également des questions environnementales et sociales, notamment en ce qui concerne la gestion des écosystèmes fluviaux et le déplacement des populations locales.

La coopération énergétique sino-africaine s’étend également au développement des réseaux électriques et des infrastructures de transport de l’électricité. Dans de nombreux pays africains, les pertes techniques dans les réseaux de distribution peuvent atteindre 20 à 30 % de l’électricité produite, en raison de la vétusté des infrastructures et de l’insuffisance des investissements.

La Chine contribue à moderniser ces réseaux à travers la construction de lignes à haute tension, de postes de transformation et de systèmes de gestion intelligente de l’électricité. Ces investissements sont essentiels pour accompagner l’industrialisation du continent et pour intégrer les énergies renouvelables dans les systèmes énergétiques nationaux.

Un autre domaine émergent de coopération concerne les technologies de stockage de l’énergie, notamment les batteries lithium-ion et les systèmes de stockage à grande échelle. La Chine domine aujourd’hui la production mondiale de batteries, représentant environ 75 % de la capacité mondiale de fabrication de batteries lithium-ion. Ces technologies sont cruciales pour assurer la stabilité des réseaux électriques alimentés par des sources d’énergie intermittentes telles que le solaire et l’éolien.

La transition énergétique africaine est également liée aux enjeux de mobilité durable. Plusieurs pays africains explorent actuellement le développement de véhicules électriques, de transports publics électrifiés et d’infrastructures de recharge, souvent en partenariat avec des entreprises chinoises.

Au-delà des infrastructures énergétiques elles-mêmes, la coopération sino-africaine dans le domaine de l’énergie inclut également des programmes de formation et de transfert de technologies. Des ingénieurs africains sont régulièrement formés dans des universités et des instituts techniques chinois, contribuant à renforcer les capacités locales dans les domaines de l’ingénierie énergétique et de la gestion des réseaux électriques.

Dans ce contexte, les recherches menées par l’OCAF visent à analyser les implications géopolitiques, économiques et technologiques de ces transformations énergétiques. Les travaux de l’Observatoire s’intéressent notamment aux questions suivantes :

  • Comment la transition énergétique redéfinit-elle les relations économiques entre la Chine et l’Afrique ?
  • Quels sont les impacts des investissements énergétiques chinois sur l’industrialisation du continent africain ?
  • Comment les pays africains peuvent-ils maximiser les retombées technologiques de ces partenariats ?
  • Quel rôle les énergies renouvelables peuvent-elles jouer dans la construction d’une souveraineté énergétique africaine ?

Ces questions sont au cœur des débats contemporains sur le développement durable et sur la transformation des systèmes énergétiques mondiaux. Dans un contexte marqué par l’urgence climatique et par la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique possède l’opportunité de construire un modèle énergétique fondé sur les technologies propres et sur les énergies renouvelables.

La coopération sino-africaine dans le domaine de l’énergie pourrait ainsi jouer un rôle déterminant dans l’émergence d’un nouveau paradigme de développement énergétique, combinant croissance économique, innovation technologique et durabilité environnementale.

Pour l’OCAF, l’analyse de ces transformations constitue un champ de recherche stratégique permettant de mieux comprendre les dynamiques énergétiques du XXIᵉ siècle et leurs implications pour l’avenir des relations entre la Chine et l’Afrique francophone.

7. Science des traditions Chine–Afrique

Au-delà des infrastructures, du commerce et des relations diplomatiques, les relations entre la Chine et l’Afrique reposent également sur des fondements civilisationnels profonds. L’un des programmes de recherche les plus originaux de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) est ainsi consacré à ce que nous appelons la science des traditions Chine–Afrique, c’est-à-dire l’étude comparée des systèmes de pensée, des savoirs traditionnels, des cosmologies et des institutions culturelles qui structurent les sociétés chinoises et africaines depuis plusieurs millénaires.

Dans les études contemporaines sur les relations internationales, les traditions culturelles et philosophiques sont souvent reléguées au second plan, au profit d’analyses centrées sur les facteurs économiques et géopolitiques. Pourtant, l’histoire montre que les grandes civilisations structurent leurs relations extérieures à partir de visions du monde spécifiques, qui influencent profondément leurs conceptions de la gouvernance, de la société et du développement.

La civilisation chinoise constitue l’une des plus anciennes continuités culturelles de l’histoire humaine. Avec plus de 5000 ans d’histoire documentée, elle a produit un corpus intellectuel extrêmement riche, notamment à travers les traditions confucéenne, taoïste et bouddhiste. Ces traditions philosophiques ont profondément influencé l’organisation sociale et politique de la Chine, ainsi que sa conception de l’harmonie sociale, de l’autorité politique et du rapport entre l’homme et la nature.

La pensée confucéenne, par exemple, repose sur des principes fondamentaux tels que la hiérarchie morale, l’éthique du devoir, l’harmonie sociale et la primauté de la communauté sur l’individu. Ces principes ont longtemps structuré l’administration impériale chinoise et continuent d’influencer certaines dimensions de la gouvernance contemporaine en Chine.

De manière comparable, les sociétés africaines reposent également sur des traditions philosophiques et sociales profondément enracinées. L’une des plus connues est la philosophie Ubuntu, qui met l’accent sur l’interdépendance des individus au sein de la communauté. L’expression « Je suis parce que nous sommes » résume cette conception de la personne humaine comme étant intrinsèquement liée au collectif.

Dans plusieurs sociétés africaines, les institutions traditionnelles reposent également sur des principes de gouvernance communautaire, de médiation sociale et de solidarité intergénérationnelle. Ces structures sociales ont permis pendant des siècles d’organiser la vie politique, économique et culturelle des sociétés africaines, souvent en dehors des modèles étatiques occidentaux.

La science des traditions Chine–Afrique vise précisément à analyser ces convergences civilisationnelles, afin de mieux comprendre les affinités culturelles qui peuvent soutenir les relations contemporaines entre les deux régions. Contrairement à certaines analyses qui présentent les relations sino-africaines comme de simples rapports économiques, cette approche souligne l’existence de résonances philosophiques et anthropologiques profondes entre les deux espaces civilisationnels.

L’un des domaines où ces convergences apparaissent clairement concerne la conception du développement. Dans la tradition occidentale moderne, le développement est souvent associé à une logique individualiste et à une vision économique centrée sur la croissance du produit intérieur brut. En revanche, les traditions africaines et chinoises ont historiquement privilégié des conceptions du développement davantage orientées vers l’équilibre social, l’harmonie collective et la stabilité politique.

Cette perspective trouve aujourd’hui un écho dans les débats contemporains sur les modèles alternatifs de développement. La Chine, par exemple, a développé depuis plusieurs décennies un modèle d’État développementaliste, dans lequel l’État joue un rôle central dans la planification économique et dans la coordination des politiques industrielles. Ce modèle a permis à la Chine de sortir plus de 800 millions de personnes de la pauvreté depuis 1980, selon les données de la Banque mondiale.

Plusieurs chercheurs africains s’intéressent aujourd’hui à la possibilité d’adapter certains éléments de cette expérience au contexte africain, tout en tenant compte des spécificités historiques et culturelles du continent. Dans cette perspective, la science des traditions Chine–Afrique permet d’explorer les ressources intellectuelles et culturelles susceptibles de soutenir ces réflexions sur les trajectoires de développement.

Un autre domaine d’étude concerne les savoirs médicaux traditionnels. La médecine traditionnelle chinoise constitue l’un des systèmes médicaux les plus anciens et les plus sophistiqués du monde. Elle repose sur une conception holistique du corps humain, fondée sur l’équilibre entre différentes forces vitales, notamment le yin et le yang.

En Afrique également, les médecines traditionnelles occupent une place importante dans les systèmes de santé. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 80 % des populations africaines utilisent encore la médecine traditionnelle comme première forme de traitement. Ces pratiques reposent sur des connaissances botaniques et pharmacologiques accumulées sur plusieurs générations.

L’étude comparative de ces traditions médicales constitue un champ de recherche particulièrement prometteur, notamment dans les domaines de la pharmacologie naturelle, de l’ethnobotanique et de la santé communautaire. Plusieurs programmes de coopération scientifique entre institutions chinoises et africaines explorent déjà ces synergies potentielles.

La science des traditions Chine–Afrique s’intéresse également aux langues, aux systèmes symboliques et aux pratiques artistiques. Les échanges culturels entre la Chine et l’Afrique se sont considérablement intensifiés au cours des dernières décennies. On estime qu’il existe aujourd’hui plus de 60 instituts Confucius sur le continent africain, qui contribuent à la diffusion de la langue et de la culture chinoises.

Parallèlement, plusieurs universités chinoises ont développé des programmes d’études africaines, tandis que des étudiants africains sont de plus en plus nombreux à poursuivre leurs études en Chine. En 2018, le nombre d’étudiants africains inscrits dans les universités chinoises dépassait 80 000, faisant de la Chine l’une des principales destinations académiques pour les étudiants africains.

Dans ce contexte, les recherches menées par l’OCAF visent à structurer un champ scientifique consacré à l’étude comparative des traditions chinoises et africaines. Ce programme mobilise des disciplines variées, notamment l’anthropologie, la philosophie, l’histoire des idées, la sociologie et les études culturelles.

L’objectif n’est pas simplement de comparer deux ensembles culturels, mais de contribuer à l’émergence d’un dialogue intellectuel véritablement Sud–Sud, capable de renouveler les approches dominantes dans les sciences sociales et les relations internationales.

Dans un monde marqué par la montée des puissances non occidentales et par la diversification des centres de production du savoir, la science des traditions Chine–Afrique constitue ainsi un domaine de recherche stratégique. Elle permet de replacer les relations sino-africaines dans une perspective civilisationnelle de long terme, tout en ouvrant de nouvelles pistes de réflexion sur les modèles de développement, les systèmes de gouvernance et les formes de coopération culturelle entre les sociétés du Sud global.

Pour l’OCAF, ce programme représente l’une des contributions les plus originales à l’étude des relations Chine–Afrique. Il s’inscrit dans une ambition intellectuelle plus large : penser les relations internationales à partir des traditions intellectuelles et culturelles des sociétés africaines et asiatiques elles-mêmes, plutôt qu’à partir des seuls paradigmes issus de l’histoire occidentale.

Conclusion

Vers une école africaine francophone des études Chine–Afrique

https://www.globaltimes.cn/Portals/0/attachment/2024/2024-09-04/96f96dfc-bc82-47b6-9cf5-c17fe98b888c.jpeg

L’intensification des relations entre la Chine et l’Afrique constitue l’un des phénomènes géopolitiques majeurs du XXIᵉ siècle. En l’espace de deux décennies, ces relations ont profondément transformé les dynamiques du commerce international, les flux d’investissement, les infrastructures de développement et les architectures diplomatiques du continent africain. Pourtant, malgré l’importance stratégique de ces transformations, l’étude scientifique des relations Chine–Afrique demeure encore largement dominée par des centres de recherche situés en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie orientale.

Cette asymétrie intellectuelle pose une question fondamentale : qui produit le savoir sur les relations Chine–Afrique ? Et plus précisément, dans quelle mesure les chercheurs africains participent-ils à la construction des cadres analytiques qui permettent de comprendre ces relations ?

L’un des objectifs majeurs de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) est précisément de contribuer à corriger ce déséquilibre épistémologique en favorisant l’émergence d’une école africaine francophone des études Chine–Afrique. Cette ambition repose sur l’idée que les relations entre deux régions du monde ne peuvent être pleinement comprises que si les sociétés concernées participent activement à la production du savoir qui les concerne.

Historiquement, les sciences sociales africaines ont souvent été structurées par des paradigmes théoriques élaborés dans des contextes académiques occidentaux. Bien que ces approches aient contribué à enrichir l’analyse des dynamiques internationales, elles ont parfois eu tendance à marginaliser les perspectives intellectuelles issues du continent africain lui-même. La construction d’une école africaine francophone des études Chine–Afrique vise ainsi à renforcer la capacité des chercheurs africains à produire des analyses autonomes, enracinées dans les réalités historiques, culturelles et politiques du continent.

https://news.cgtn.com/news/2020-11-06/Think-tanks-forum-explores-China-Africa-cooperation-VcFY8YtTEs/img/1069753dd5f4475f89ecdd948c63c390/1069753dd5f4475f89ecdd948c63c390-750.png

Une telle école de pensée ne se limiterait pas à reproduire les cadres analytiques existants. Elle chercherait au contraire à développer de nouvelles perspectives théoriques permettant d’interpréter les relations internationales à partir des expériences africaines et asiatiques. Dans cette perspective, les relations Chine–Afrique peuvent être envisagées non seulement comme un partenariat économique ou diplomatique, mais également comme un laboratoire intellectuel pour repenser les modèles de développement, les systèmes de gouvernance et les formes de coopération Sud–Sud.

L’émergence d’une école africaine francophone des études Chine–Afrique suppose toutefois plusieurs conditions institutionnelles et intellectuelles. La première concerne le renforcement des capacités de recherche sur le continent africain. Cela implique la création de centres de recherche spécialisés, le développement de programmes universitaires dédiés aux études asiatiques, ainsi que l’encouragement de la mobilité académique entre universités africaines et chinoises.

La formation d’une nouvelle génération de chercheurs constitue un élément central de ce processus. Au cours des dernières années, le nombre d’étudiants africains poursuivant leurs études en Chine a considérablement augmenté. Selon plusieurs estimations, plus de 80 000 étudiants africains étaient inscrits dans les universités chinoises à la fin des années 2010. Ces étudiants représentent un capital intellectuel considérable pour l’avenir des études Chine–Afrique, à condition que leurs compétences soient valorisées et intégrées dans les institutions académiques africaines.

Une deuxième condition concerne la production et la diffusion du savoir en langue française. L’espace francophone africain constitue un espace académique important, qui regroupe plusieurs dizaines d’universités et des millions d’étudiants. Pourtant, une grande partie de la littérature scientifique sur les relations Chine–Afrique est publiée en anglais. La construction d’une école africaine francophone des études Chine–Afrique implique donc un effort systématique de production scientifique en français, afin de renforcer l’accessibilité des connaissances pour les chercheurs, les étudiants et les décideurs politiques de l’espace francophone.

Une troisième condition concerne le dialogue intellectuel entre chercheurs africains et chinois. Les relations académiques entre la Chine et l’Afrique se sont intensifiées au cours des dernières décennies, notamment à travers les programmes d’échanges universitaires, les conférences internationales et les projets de recherche conjoints. Ces initiatives constituent une base solide pour le développement d’une communauté scientifique transnationale consacrée à l’étude des relations sino-africaines.

L’OCAF s’inscrit précisément dans cette dynamique. En tant que plateforme de recherche et de dialogue intellectuel, l’Observatoire vise à rassembler chercheurs, experts, diplomates et décideurs politiques autour d’une réflexion commune sur l’avenir des relations Chine–Afrique. À travers ses publications, ses conférences et ses programmes de recherche, l’OCAF ambitionne de contribuer à la structuration d’un champ scientifique francophone consacré à l’étude de ces relations.

La création d’une école africaine francophone des études Chine–Afrique pourrait également avoir des implications importantes pour les politiques publiques. Les relations économiques entre la Chine et l’Afrique impliquent des enjeux complexes liés aux infrastructures, à l’industrialisation, à la technologie, à la sécurité et à la transition énergétique. Une meilleure compréhension de ces dynamiques est essentielle pour permettre aux gouvernements africains de négocier des partenariats équilibrés et de maximiser les retombées économiques et technologiques de ces coopérations.

Dans cette perspective, les centres de recherche africains peuvent jouer un rôle stratégique en fournissant des analyses indépendantes et en contribuant à éclairer les décisions politiques. L’expérience des grands think tanks internationaux montre que la production de savoir stratégique constitue un instrument essentiel de la puissance intellectuelle des États et des régions du monde.

Au-delà des enjeux académiques et politiques, l’émergence d’une école africaine francophone des études Chine–Afrique possède également une dimension civilisationnelle. Les relations entre la Chine et l’Afrique mettent en contact deux grandes traditions historiques et culturelles, chacune porteuse de visions du monde spécifiques. Le dialogue entre ces traditions peut contribuer à enrichir la réflexion globale sur les modèles de développement, la gouvernance et la coopération internationale.

Dans un système international en pleine mutation, marqué par la montée de nouvelles puissances et par la diversification des centres de production du savoir, l’Afrique possède l’opportunité de participer activement à la redéfinition des cadres intellectuels qui structurent l’analyse des relations internationales. La construction d’une école africaine francophone des études Chine–Afrique représente ainsi bien plus qu’un simple projet académique : elle constitue un projet stratégique visant à renforcer la place du continent africain dans la production mondiale de connaissances.

À travers ses programmes de recherche et ses initiatives intellectuelles, l’Observatoire Chine–Afrique Francophone se propose de contribuer à cette ambition. L’objectif n’est pas seulement de documenter les relations entre la Chine et l’Afrique, mais également de participer à l’émergence d’une communauté intellectuelle africaine capable de penser ces relations à partir de ses propres référentiels historiques, culturels et politiques.

Dans cette perspective, l’OCAF aspire à devenir l’un des foyers intellectuels d’une nouvelle génération de chercheurs africains francophones engagés dans l’étude des transformations géopolitiques contemporaines. À long terme, cette dynamique pourrait conduire à la formation d’une véritable école de pensée, capable de renouveler les approches traditionnelles des relations internationales et de contribuer à l’élaboration de nouvelles visions du développement et de la coopération entre les sociétés du Sud global.