Relations Chine–Côte d’Ivoire: un axe majeur de la coopération sino-ouest-africaine

La Côte d’Ivoire occupe désormais une place de premier plan dans la relation Chine–Afrique de l’Ouest. Cette montée en importance se lit d’abord dans le registre diplomatique : les deux pays ont établi leurs relations le 2 mars 1983 et ont élevé leurs liens au rang de partenariat stratégique en septembre 2024. La même année, le vice-président ivoirien Tiémoko Meyliet Koné a participé au Sommet de Beijing du FOCAC, signe que la coopération ivoiro-chinoise s’inscrit pleinement dans la nouvelle architecture politique des relations sino-africaines.
Sur le plan économique, la dynamique est tout aussi nette. Selon le ministère chinois des Affaires étrangères, le commerce bilatéral a atteint 5,28 milliards de dollars en 2023, soit une hausse annuelle de 21 %. La structure des échanges montre une relation déjà diversifiée : la Chine exporte vers la Côte d’Ivoire des produits chimiques, de l’acier et des biens à contenu technologique, tandis qu’elle importe notamment des produits agricoles, du minerai de nickel, du pétrole brut et d’autres matières premières. Lors de la visite de Wang Yi à Abidjan en janvier 2024, le président Alassane Ouattara a d’ailleurs affirmé que la Chine était devenue le premier partenaire commercial et une source majeure d’investissement pour son pays.
Mais la relation sino-ivoirienne prend toute sa profondeur dans les infrastructures. Pékin a contribué à plusieurs réalisations emblématiques en Côte d’Ivoire, parmi lesquelles la Maison des députés, le projet hydro-agricole de Guiguidou et le stade olympique national. Des sources gouvernementales ivoiriennes et du Trésor public ajoutent à cette liste l’adduction d’eau potable d’Abidjan, l’extension du port d’Abidjan, le barrage hydroélectrique de Soubré et le stade d’Ebimpé. Lors de sa mission en Chine en 2023, le Premier ministre Patrick Achi a rappelé que ces projets illustrent la place désormais structurante des entreprises chinoises dans la modernisation ivoirienne.
Le barrage de Soubré reste l’un des marqueurs les plus puissants de cette coopération. Le gouvernement ivoirien l’a présenté comme un projet stratégique de 275 MW, pour une production annuelle de 1 100 GWh, avec un coût global de 331 milliards de FCFA, dont 239 milliards financés par l’Eximbank de Chine aux côtés de l’État ivoirien. Les autorités ivoiriennes soulignaient également, dès le lancement, son potentiel de création de 3 000 emplois directs et 5 000 emplois indirects. Dans le domaine sportif, le stade olympique d’Ebimpé, inauguré en 2020, a été officiellement présenté par Abidjan comme le fruit de la coopération réussie entre la Côte d’Ivoire et la Chine ; il dépasse les 60 000 places et a constitué l’un des symboles majeurs de la préparation ivoirienne à la CAN.
À Abidjan même, la coopération chinoise s’est aussi matérialisée dans une infrastructure hautement visible : le pont Alassane Ouattara entre Cocody et le Plateau. D’après Xinhua, cet ouvrage construit par China Road and Bridge Corporation mesure environ 1,63 km, constitue le plus grand pont à haubans d’Afrique de l’Ouest et absorbe entre 35 000 et 45 000 véhicules par jour. Wang Yi l’a lui-même présenté comme un nouveau repère urbain et un symbole de l’amitié sino-ivoirienne. Au-delà de sa valeur architecturale, ce pont résume bien la nature actuelle de la coopération : une présence chinoise insérée dans les infrastructures qui structurent la mobilité, la productivité urbaine et l’image de modernité du pays.
La relation ne se limite toutefois ni au béton ni aux grands chantiers. La Chine accorde des bourses aux étudiants ivoiriens depuis 1985 ; l’Institut Confucius de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan a été officiellement établi en 2015 ; un atelier Luban a été inauguré en 2020 avec l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny, puis un second accord a été signé en 2023 avec le lycée professionnel de Jacqueville. Plus récemment, dans le suivi du FOCAC 2024, la Chine a signé un mémorandum de coopération agricole avec la Côte d’Ivoire, participé comme invité d’honneur au 7e Salon international de l’agriculture et des ressources animales du pays avec une journée dédiée à la Chine, tandis que la construction du projet de douanes intelligentes ivoiriennes a également été lancée.
Au fond, la relation Chine–Côte d’Ivoire illustre l’évolution la plus intéressante de la présence chinoise en Afrique de l’Ouest : le passage d’une coopération ponctuelle à un partenariat stratégique multidimensionnel, combinant commerce, énergie, transport, équipements publics, agriculture, formation technique et modernisation administrative. C’est aussi ce qui fait d’Abidjan l’un des points d’ancrage les plus solides de la Chine dans l’espace ouest-africain : la coopération ne s’y réduit pas à l’extraction ou à l’import-export, elle s’insère dans la construction matérielle de l’État, dans la compétitivité urbaine et dans la formation de capacités nouvelles. Autrement dit, la Côte d’Ivoire apparaît aujourd’hui comme l’un des laboratoires les plus avancés de la relation sino-ouest-africaine.

