Penser les relations Chine Afrique depuis l’espace intellectuel francophone
Les relations entre la Chine et l’Afrique constituent aujourd’hui l’un des phénomènes structurants de la recomposition du système international. Au cours des deux dernières décennies, la multiplication des projets d’infrastructures, l’intensification des échanges commerciaux, l’extension des coopérations technologiques et l’augmentation des dialogues diplomatiques ont profondément transformé la nature des interactions entre la Chine et les sociétés africaines. Cette dynamique, souvent interprétée à travers le prisme des intérêts économiques ou des rivalités géopolitiques globales, ne peut toutefois être pleinement comprise sans un travail d’analyse rigoureux qui prenne en compte les contextes historiques, les trajectoires politiques et les logiques institutionnelles propres aux différents espaces africains.

Dans ce paysage intellectuel encore en structuration, l’Afrique francophone demeure paradoxalement sous-représentée dans la production des analyses consacrées aux relations sino-africaines. Si la littérature académique sur la Chine en Afrique s’est considérablement développée au cours des dernières années, elle reste majoritairement produite dans des centres de recherche situés hors du continent africain ou dans des contextes linguistiques dominés par l’anglais. Cette situation contribue à marginaliser les perspectives francophones dans l’interprétation d’un phénomène qui concerne pourtant directement plusieurs dizaines de pays africains.
C’est précisément dans ce contexte qu’a été créé l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF). L’Observatoire s’inscrit dans une ambition intellectuelle claire : contribuer à la structuration d’un espace francophone de recherche, d’analyse et de dialogue consacré aux relations entre la Chine et les sociétés africaines. Il s’agit non seulement d’observer les transformations en cours, mais aussi de participer activement à la production des cadres conceptuels permettant de comprendre les dynamiques de la coopération sino-africaine.
L’OCAF se situe ainsi à l’intersection de plusieurs champs : les relations internationales, l’économie politique du développement, la géopolitique des infrastructures, la coopération Sud-Sud et les études comparées sur les trajectoires de modernisation. En se positionnant à ce carrefour analytique, l’Observatoire entend offrir un espace où les débats sur la Chine et l’Afrique peuvent être abordés dans toute leur complexité.
Genèse intellectuelle de l’OCAF

Genèse intellectuelle de l’OCAF
La création de l’OCAF ne résulte pas d’une initiative administrative isolée, mais d’un processus intellectuel progressif nourri par plusieurs années de recherche, d’enseignement et de participation à des programmes de coopération académique entre l’Afrique et la Chine.
Au cours des années 2010, l’intensification des interactions entre chercheurs africains et institutions académiques chinoises a progressivement révélé un décalage important entre la densité des échanges politiques et économiques et la faiblesse relative des plateformes francophones consacrées à l’analyse de ces relations. Les débats sur la Belt and Road Initiative, sur les stratégies d’industrialisation africaines ou encore sur les nouvelles formes de coopération technologique étaient largement dominés par des publications produites dans des contextes académiques non africains.
Dans ce contexte, la création d’un observatoire francophone consacré à la Chine et à l’Afrique est apparue comme une nécessité intellectuelle et stratégique. L’objectif n’était pas seulement de produire des analyses supplémentaires, mais de contribuer à l’émergence d’un espace de réflexion capable de relier la recherche académique, la coopération institutionnelle et les débats publics.
L’OCAF a ainsi été conçu comme une plateforme destinée à favoriser la circulation des idées entre chercheurs africains, universitaires chinois, institutions publiques et organisations internationales. Cette vocation explique l’orientation résolument interdisciplinaire de ses activités, qui combinent recherche académique, organisation de colloques, publications scientifiques et participation aux dialogues internationaux sur les transformations de la gouvernance mondiale.

Le premier colloque international sur l’Initiative la Ceinture et la Route en Afrique francophone (CIICRAF)
L’un des moments fondateurs de l’histoire de l’OCAF fut l’organisation à Yaoundé, en mai 2022, du Premier Colloque International sur l’Initiative la Ceinture et la Route en Afrique francophone.
Cet événement académique a constitué la première rencontre scientifique d’envergure consacrée spécifiquement à l’analyse de la Belt and Road Initiative dans l’espace francophone africain.
Pendant plusieurs jours, des chercheurs, universitaires et responsables institutionnels se sont réunis pour discuter des implications économiques, géopolitiques et institutionnelles de cette initiative pour les pays africains francophones. Les débats ont porté notamment sur les infrastructures de transport, les corridors économiques, la coopération industrielle, les enjeux de financement du développement et les perspectives d’intégration régionale.
Ce colloque a également permis de mettre en évidence la nécessité d’une approche analytique nuancée des relations sino-africaines. Loin des lectures simplistes qui opposent parfois enthousiasme inconditionnel et scepticisme systématique, les travaux présentés lors de cette rencontre ont souligné l’importance d’une analyse empirique fondée sur les données, les contextes nationaux et les logiques institutionnelles propres à chaque pays.
Les contributions issues de ce colloque ont été réunies dans l’ouvrage Actes du Premier Colloque International sur l’Initiative la Ceinture et la Route en Afrique francophone, qui constitue aujourd’hui l’un des premiers corpus académiques francophones consacrés à cette question.

L’OCAF dans les réseaux internationaux de réflexion
Au-delà de ses activités académiques locales, l’OCAF s’inscrit dans une dynamique plus large d’insertion dans les réseaux internationaux de recherche consacrés à la gouvernance mondiale et à la coopération internationale.
Les membres de l’Observatoire ont participé à plusieurs conférences internationales organisées en Chine, notamment dans le cadre des East Lake Forums on Global Governance, qui réunissent chercheurs, décideurs publics et experts autour des grandes transformations du système international contemporain.
Ces forums abordent des thématiques variées telles que le développement durable, la transition énergétique, la gouvernance numérique, les nouvelles architectures financières internationales et la construction d’une communauté de destin pour l’humanité. La participation de chercheurs africains francophones à ces discussions contribue à élargir la diversité des perspectives présentes dans les débats sur la gouvernance mondiale.
L’OCAF se positionne ainsi comme un espace de médiation intellectuelle entre différents univers académiques et institutionnels, facilitant les échanges entre chercheurs africains et partenaires internationaux.

Une rencontre symbolique : la conférence internationale de l’amitié à Pékin
L’histoire récente de l’OCAF a également été marquée par un événement symbolique important. En 2024, le Professeur Jimmy Yab a participé à la Conférence internationale de l’amitié organisée à Pékin à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec les peuples étrangers.
Cette conférence, présidée par le Président Xi Jinping, a réuni des représentants de nombreux pays afin de promouvoir les échanges culturels et les coopérations entre sociétés civiles. Elle s’inscrivait dans la perspective plus large de la diplomatie chinoise visant à encourager les interactions entre les peuples et à promouvoir l’idée d’une communauté internationale fondée sur la coopération et le dialogue.
Pour l’OCAF, cet événement illustre la dimension humaine et culturelle des relations Chine–Afrique. Au-delà des projets d’infrastructures ou des échanges commerciaux, ces relations reposent également sur des interactions intellectuelles, académiques et culturelles qui contribuent à renforcer la compréhension mutuelle entre les sociétés.





Une production intellectuelle sur la Chine et l’Afrique
L’activité de l’OCAF s’appuie également sur un ensemble de publications consacrées aux relations sino-africaines et aux trajectoires de développement en Asie de l’Est.
Parmi les ouvrages qui nourrissent cette réflexion figurent notamment :
– Xi Jinping et l’Initiative la Ceinture et la Route en Afrique
– Introduction aux relations internationales Chine–Afrique
– Succès des politiques de développement en Asie de l’Est
– L’idéal cosmopolitique du président Xi Jinping
– Histoire de l’avènement de la dynastie républicaine du Parti communiste chinois
– Actes du Premier Colloque International sur l’Initiative la Ceinture et la Route en Afrique francophone
Ces publications participent à la constitution d’un corpus intellectuel francophone consacré à l’étude de la Chine contemporaine et de ses interactions avec l’Afrique. Elles mobilisent des approches interdisciplinaires combinant analyse politique, économie du développement, histoire des idées et études comparées des modèles de modernisation.
Une ambition intellectuelle pour l’Afrique francophone
L’OCAF poursuit une ambition intellectuelle qui dépasse la simple observation des relations Chine–Afrique. L’Observatoire entend contribuer à la formation d’une génération de chercheurs africains capables d’analyser les transformations du système international avec rigueur et autonomie.
Dans un monde caractérisé par la multiplication des pôles de puissance et par l’émergence de nouvelles formes de coopération internationale, la capacité des sociétés africaines à produire leurs propres analyses devient un enjeu stratégique.
L’OCAF s’inscrit dans cette perspective en encourageant la recherche, en soutenant la publication d’analyses académiques et en favorisant les échanges intellectuels entre chercheurs africains et partenaires internationaux.
Un pont intellectuel entre la Chine et l’Afrique
Au-delà de ses activités académiques, l’OCAF se conçoit comme un pont intellectuel entre la Chine et l’Afrique francophone. Ce rôle implique de favoriser la circulation des idées, la compréhension mutuelle et la coopération scientifique entre les deux espaces.
Dans un contexte international marqué par les rivalités géopolitiques et les transformations rapides des équilibres économiques, la capacité à dialoguer et à comprendre les différentes visions du monde devient essentielle.
L’OCAF contribue à ce dialogue en créant un espace où chercheurs, institutions et acteurs publics peuvent confronter leurs analyses et réfléchir aux perspectives de coopération entre la Chine et l’Afrique.
Une institution tournée vers l’avenir
L’histoire de l’OCAF ne fait que commencer. À mesure que les relations sino-africaines continueront d’évoluer, les besoins en expertise, en recherche et en dialogue stratégique ne cesseront de croître.
L’Observatoire entend accompagner ces transformations en développant ses programmes de recherche, en renforçant ses partenariats académiques et en contribuant activement aux débats internationaux sur le développement, la gouvernance mondiale et les relations entre la Chine et l’Afrique.
L’ambition est claire : faire de l’OCAF une référence intellectuelle dans l’étude des relations Chine–Afrique francophone, capable de relier la recherche académique, la coopération internationale et la réflexion stratégique sur l’avenir du continent africain dans un monde en mutation.
Architecte du développement de l’Afrique
Le fondateur : Pr Jimmy Yab

L’Observatoire Chine–Afrique Francophone porte l’empreinte intellectuelle et institutionnelle de son fondateur, le Professeur Jimmy Yab, universitaire camerounais spécialisé en relations internationales et professeur à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC).
Titulaire d’un doctorat en science politique de l’Université de Southampton au Royaume-Uni, Jimmy Yab a consacré ses recherches aux transformations du système international, aux relations Chine–Afrique et aux modèles comparés de développement. Son parcours académique l’a conduit à enseigner et à intervenir dans plusieurs universités et institutions internationales.
Au-delà de ses activités d’enseignement, il a joué un rôle actif dans la promotion du dialogue académique entre l’Afrique et la Chine. Entre 2017 et 2020, il a notamment coordonné un programme d’études et d’échanges sino-africains destiné aux chercheurs d’Afrique francophone, accueilli à la China Foreign Affairs University à Pékin.
Cette expérience a contribué à structurer un réseau de chercheurs africains et chinois engagés dans l’étude des relations sino-africaines. Elle a également permis de renforcer les échanges académiques et les coopérations institutionnelles entre universités africaines et chinoises.
L’œuvre intellectuelle de Jimmy Yab se distingue par son intérêt pour les trajectoires historiques de la Chine contemporaine et pour les implications de son ascension internationale pour les pays africains. Ses travaux cherchent à dépasser les interprétations simplistes des relations sino-africaines en proposant une analyse attentive aux dynamiques institutionnelles, aux logiques de développement et aux interactions culturelles entre les sociétés.

