Vendredi 27 mai 2022 — Palais des Congrès de Yaoundé

Le colloque atteint sa pleine maturité : des sociétés aux institutions, des cultures à la sécurité

La troisième journée du colloque a constitué le point d’aboutissement intellectuel de la rencontre de Yaoundé. Présidée par le Pr Mathias Éric Owona Nguini, elle a déplacé la réflexion vers les dimensions sociales, culturelles, institutionnelles et stratégiques de la coopération Chine–Afrique francophone. Structurée autour des questions de développement social, de culture et diversité, de gouvernance publique et de sécurité, cette journée a montré que l’Initiative la Ceinture et la Route ne relève pas uniquement des infrastructures et des échanges économiques, mais engage aussi les sociétés, les institutions, les représentations culturelles et les équilibres sécuritaires contemporains. Le programme officiel présente en effet, pour le 27 mai 2022, un enchaînement cohérent allant du social à la sécurité, avant la lecture des actes et la clôture officielle.

les Officiers auditeurs et participants de l’École supérieure internationale de guerre de Yaoundé lors de la session consacrée à la sécurité et à la sécurisation dans le pourtour de la BRI en Afrique francophone.

La matinée s’est ouverte avec l’axe consacré au développement social le long de la BRI chinoise en Afrique francophone, sous la coordination du Pr Roger Mondoue. Les échanges ont porté sur la coopération décentralisée Chine–Afrique et l’échange humain, la coopération dans l’éducation et l’enseignement supérieur, les rapports entre BRI, tourisme et développement local, l’aide publique au développement chinoise au Cameroun, les relations entre entreprises chinoises, communautés riveraines et autorités traditionnelles, ainsi que la coopération sociale en matière de santé et la modernisation des systèmes de santé en Afrique. À travers ces contributions, le colloque a montré que la relation sino-africaine se joue aussi dans les territoires, les services sociaux, les communautés et les besoins humains concrets.

La présence des élèves et cadres de l’École de guerre de Yaoundé a donné à la troisième journée une forte portée stratégique et institutionnelle.

Le deuxième axe de la matinée, consacré à la culture et à la diversité, sous la coordination du Pr Armand Leka, a enrichi cette lecture en montrant que la coopération Chine–Afrique francophone ne se limite ni aux marchés ni aux États. Les communications ont abordé les films chinois comme vitrine de l’image de la Chine en Afrique, l’enracinement culturel traditionnel chinois comme facteur de développement, la diplomatie culturelle chinoise à l’épreuve de la diversité camerounaise, la perception de la Chine dans la philatélie africaine postcoloniale, la promotion de la culture sportive chinoise au Cameroun, la prise en compte des différences culturelles dans les projets de la Ceinture et la Route en Afrique, ainsi que la coopération culturelle et scientifique à travers l’Institut Confucius. Le colloque a ainsi rappelé que la BRI est aussi un espace de circulation symbolique, de médiation culturelle et de dialogue des imaginaires.

Participation active des officiers auditeurs de l’École de guerre aux débats sur la lutte contre le terrorisme, la coopération militaire et la sécurité collective en Afrique francophone.

L’après-midi s’est poursuivie avec l’axe États, gouvernance et actions publiques en Afrique francophone dans le temps chinois, coordonné par le Pr Stéphane Ngwanza. Cette séquence a permis d’interroger l’État africain dans les métaphores de la route de la soie, la BRI comme opportunité d’appui à la décentralisation et à la démocratie, la gouvernance globale et le rôle de la Chine dans le partenariat sino-africain, les routes de la soie comme forme d’action publique internationale, le bilatéralisme parlementaire Cameroun–Chine, les enjeux de limitation des mandats en Afrique francophone, ainsi que les transformations géopolitiques en Afrique francophone à l’épreuve des nouvelles routes de la soie. Le colloque a ainsi clairement montré que l’Initiative la Ceinture et la Route agit aussi comme révélateur des questions de gouvernance, d’autonomie politique et de recomposition institutionnelle.

Le moment le plus fort et le plus solennel de cette troisième journée a cependant été la séquence consacrée à la sécurité et la sécurisation dans le pourtour de la BRI en Afrique francophone, placée sous la coordination du Pr Vincent Ntuda Ébodé, dont le programme rappelle qu’il est également directeur du séminaire de géopolitique de l’Afrique de la défense à l’École supérieure internationale de guerre de Yaoundé. Cette précision donne déjà la mesure de la densité stratégique de cette session.

Dans cet axe, la participation de l’École de guerre de Yaoundé a constitué un marqueur institutionnel majeur du colloque. Le programme officiel identifie en effet le Colonel Léopold Emile Nlate Ebale comme Chef du groupement enseignement général à l’école supérieure de guerre de Yaoundé, intervenant sur le thème : « Contribution de la Chine à la préservation de la sécurité et à la lutte contre le terrorisme en Afrique francophone : implications stratégiques et opérationnelles ». Sa présence a donné à cette session une autorité particulière, en inscrivant le débat non seulement dans le champ académique, mais aussi dans celui de la réflexion militaire, stratégique et opérationnelle. À travers cette intervention, le colloque a pris une dimension supplémentaire : celle d’un lieu où la coopération Chine–Afrique francophone est également pensée du point de vue de la défense, de la lutte contre le terrorisme, de la stabilité régionale et de la sécurité collective.

Le Colonel Léopold Emile Nlate Ebale, représentant de l’École de guerre de Yaoundé, et des officiers auditeurs présents au colloque, illustrent l’intérêt des milieux de défense pour les enjeux stratégiques de la Belt and Road Initiative.

Autour de cette contribution importante du Colonel Léopold Emile Nlate Ebale, la session a également réuni Dr Alex Renaud Ondoa sur les ruptures et continuités des enjeux militaro-sécuritaires de la croissance globale chinoise en Afrique subsaharienne francophone, Dr Guivis Zeufack Nkemgha sur les capacités de la coopération sino-africaine à lutter contre le terrorisme au regard du déficit de gouvernance sécuritaire mondiale, Dr Marie Julien Danga sur l’évolution historique de la coopération sino-camerounaise à la lumière des accords militaires, ainsi qu’Adrien Franck Mougoué sur l’aide militaire de l’initiative à la professionnalisation de l’armée camerounaise et ses implications pour la paix et la sécurité collective en Afrique centrale. L’ensemble de cette séquence a donné au colloque une gravité stratégique remarquable.

La participation visible des officiers auditeurs et élèves de l’École supérieure internationale de guerre de Yaoundé, dont témoignent les photographies de cette journée, a renforcé cette portée institutionnelle. La présence, dans la salle, de nombreux participants en uniforme, attentifs aux débats sur la sécurité, la lutte contre le terrorisme et la coopération militaire, a donné à cette troisième journée une dimension à la fois académique et stratégique. Ces images traduisent avec force l’intérêt que les milieux de la défense portent aux reconfigurations géopolitiques et sécuritaires associées à la Belt and Road Initiative en Afrique francophone.

Participation active des officiers auditeurs de l’École de guerre aux débats sur la lutte contre le terrorisme, la coopération militaire et la sécurité collective en Afrique francophone.

La troisième journée s’est achevée par la cérémonie de clôture, avec l’installation des invités, la lecture des actes du colloque, les photos officielles et le dîner de clôture au Palais des Congrès de Yaoundé. Cette conclusion a transformé trois jours de débats en mémoire institutionnelle durable. Elle a confirmé que ce colloque n’était pas seulement un espace de discussion sur la Chine et l’Afrique francophone, mais une véritable plateforme de réflexion sur les sociétés, les cultures, les institutions et les enjeux de sécurité du monde contemporain